« Dans un équilibre, tout est dans tout »

coccia
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Céline Gauthier

Nous les avons pendant trop longtemps laissés de côté : les plantes. Pourtant elles nous ont prouvés qu’elles savaient communiquer, qu’elles étaient capables de ressentir des émotions, d’aide envers ses congénères et donc d’avoir une intelligence autre que la nôtre. C’est ce sur quoi Emmanuele Coccia s’appuie dans « la vie des plantes ». Cet ouvrage récent de ce maître de conférences à l’EHESS (l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales).

Possédant à la base une formation biologique et agronomique, il a ensuite quitté ce domaine pour la philosophie, E. Coccia considère que cette approche biologique à nourrit et démarqué son approche. Cet ouvrage philosophique ne manquera pas d’apporter de nombreuses clefs d’analyse et de compréhension face à l’actualité écologique présentes. Le but de cet ouvrage est de se demander qu’est-ce que le monde ? Qu’est-ce qu’une plante et comment elle vie ? Nous sommes tous concernés par ces questions, contrairement à certains philosophes qui pensent que lorsque l’on s’interroge en philosophie, il est question d’attester l’humain et non pas le végétal.

Au milieu de son ouvrage nous pourrions être un peu perdus lorsque Coccia enchaîne par des explications métaphysiques. Cependant si nous remontons à la naissance de la philosophie, donc en Grèce c’est Socrate qui aurait ramené cette discipline au village. Même si ce dernier arriva bien après Aristote, on peut observer des similitudes dans le positionnement de Socrate et d’Aristote tout comme avec Emmanuele Coccia. De fait les près-socratiques spéculaient déjà sur la nature et le monde. Je dirais que l’auteur se place un peu comme le philosophe Aristote (qui fait partie des Pré socratiques) : ce philosophe grec de l’Antiquité est l’un des penseurs les plus influents que le monde ait connus. Il est aussi l’un des rares à avoir abordé presque tous les domaines de connaissance de son temps : biologie, physique, métaphysique, logique, poétique, politique, rhétorique. Chez Aristote, la philosophie est comprise dans un sens plus large : elle est à la fois recherche du savoir pour lui-même, interrogation sur le monde et science des sciences. Nous pouvons donc en déduire que la base de la philosophie est l’observation de la nature, des plantes …
Le pari du livre semble être de mélanger la littérature scientifique contemporaine avec la tradition scientifique, métaphysique, biologique et médicale du sujet. Il s’agit d’un dialogue entre les sciences naturelles et les sciences humaines, le but est d’aller jusqu’aux dernières conséquences des faits observables, pour enfin considérer philosophiquement la science.

L’atmosphère est le souffle vital qui anime la Terre dans sa totalité

" La vie des plantes – Une métaphysique des mélanges ", édition Payot & Rivage, Paris, 2016 / Emmanuele Coccia

La dernière partie de cet ouvrage est légèrement perturbante si l’on ne prend pas un peu de recul sur toute la structure. On peut observer que l’auteur est parti de trois axes ; trois moments ou trois éléments, plus exactement : la feuille, la racine et la fleur. L’argumentation se base autour du développement végétal, chaque élément correspond à une idée distincte, la pensé du monde se structure autour des trois moments du végétal. C’est une approche plutôt poétique et sensible du sujet qui peut sembler très pragmatique et raisonnable. La feuille est associée avec l’atmosphère, car c’est elle qui crée la photosynthèse et l’oxygène. La racine avec la vie des astres, ce qui peut paraître paradoxal puisque la racine vie dans la terre et les astres sont au-delà du ciel : « L’intelligence grâce aux racines, existe sous une forme minérale, dans un monde sans soleil et sans mouvement. […] Grâces à elles, seule parmi tous les organismes vivants, la plante vasculaire habite simultanément deux milieux, radicalement différents par leur texture, leur structure, leur organisation et la nature de la vie qui y habite : la terre et l’air, le sol et le ciel. Les plantes ne se contentent pas de les effleurer, elles s’enfoncent en chacun d’eux avec la même obstination, la même capacité d’imaginer et de façonner son corps selon les formes les plus inattendues. » (p103).

L’origine de notre monde est à la base de la transformation de l’atmosphère

" La vie des plantes – Une métaphysique des mélanges ", édition Payot & Rivage, Paris, 2016 / Emmanuele Coccia

Si l’on veut comparer la fleur – au-delà du rapport sexuel – à un organe animal, écrivait Lorenz Oken* dans son monumental Manuel de philosophie naturelle, ce n’est qu’avec l’organe nerveux le plus important qu’on peut le faire. La fleur est le cerveau des plantes, le correspondant de la lumière, qui reste ici sur le plan du sexe. On peut dire que ce qui est sexe dans la plante est pour l’animal cerveau, ou que le cerveau est le sexe de l’animal.

Pourtant Coccia arrive à nous faire comprendre que les astres ont un lien particulier avec la plante, ses racines et tout le reste du monde naturel. Enfin la fleur avec la raison des formes, Francis Hallé, grand botaniste français s’est aussi positionné sur le fait que les plantes auront toujours quelque chose à nous apprendre à partir de leurs formes, je cite :

La connaissance de la forme - d’un objet, d’une plante, d’un animal - donne accès à beaucoup plus d’information essentielles qu’une investigation analytique dans un domaine quantifiable quel qu’il soit. En face d’une plante, j’en apprends davantage en observant sa forme qu’en dosant ses alcaloïdes, ou qu’en faisant le bilan de sa nutrition minérale, ou qu’en séquençant ses nucléotides, ou qu’en mesurant les différents facteurs microclimatiques qui l’entourent, ou qu’en dénombrant les gènes homéotiques qui contrôlent la structure de ses fleurs, ou… »

Ce livre entend rouvrir la question du monde à partir de la vie des plantes. Le faire signifie renouer avec une tradition ancienne. Ce que, de manière plus ou moins arbitraire, nous appelons philosophie est né et se comprenait, à l’origine, comme une interrogation sur la nature du monde, comme un discours sur la physique ou le cosmos.

P31 " La vie des plantes – Une métaphysique des mélanges ", édition Payot & Rivage, Paris, 2016 / Emmanuele Coccia

Ainsi la philosophie se rapproche du domaine scientifique.

 

Se basant sur les recherches scientifiques nous pouvons savoir précisément comment l’atmosphère c’est créé autour de nous, en effet « L’origine de notre monde est à la base de la transformation de l’atmosphère ». A l’origine la terre était peuplée seulement par des cyanobactéries qui ont créés les Champignons qui à leur tour ont créés les plantes. L’atmosphère était pauvre en oxygène ce sont ces dernières qui ont permis l’existence des animaux… Les plantes contribuent au maintien de l’oxygène et elles ont su exploiter le soleil par le biais de la photosynthèse. Emmanuele Coccia développe cette notion d’atmosphère afin de nous montrer que sans les plantes nous ne pourrions exister.
« La vie des plantes » soulève un élément de l’actualité qui est intéressant de soulever ici, puisque nous avons tendance à l’oublier : Nous sommes le fruit de ce que nous consommons. Si l’on reprend le discours de Descartes : « Si les animaux sont différents de nous, on peut se permettre de les manger sans honte. » Or aujourd’hui nous avons pu conclure que les animaux sont capables de ressentir des émotions et de communiquer et l’on se retrouve face à des mouvements tels que le végétarisme et le véganisme. Mais comme nous sommes à même de dire que les plantes aussi peuvent souffrir, allons-nous arrêter de manger ? Il est vrai que le végétal est la seul à être autotrophe c’est-à-dire qui n’a pas besoin de manger d’autres êtres vivant, il se nourrit de l’air, de l’eau … Sinon nous sommes tous lié à un prédateur qui mange un autre. Nous sommes face à un problème éthique au sein de la société avec les mouvements refusant de consommer de la viande ou des produits dérivé des exploitations humaine. Le véganisme est donc une histoire d’éthique et de politique, il est compréhensible que certaines personnes refusent de manger ce qui peut faire souffrir les animaux. Ces personnes pensent qu’avec ce régime alimentaire ne pas faire souffrir d’être vivants, mais les plantes, ne sont-elles pas vivantes ? C’est pour Emmanuele Coccia, « vouloir se soustraire au cycle naturel, ce qui n’est pas possible ». Il évoque alors l’idée que la vie ne serait qu’un cycle de réincarnations, que les végétaux et animaux que nous consommons se réincarnent en nous. Sans oublier le sacrifice animal, il faudrait au contraire avoir conscience de celui-ci, nous faisons partis de cette chaîne alimentaire.

Les premiers à coloniser et à rendre la terre habitable ont été les organismes capables de photosynthèse : les premiers vivants intégralement terrestres sont les plus transformateurs de l’atmosphère. Inversement, la photosynthèse est un grand laboratoire atmosphérique dans lequel l’énergie solaire est transformée en matière vivante. » Le monde est donc « un jardin avant d’être un zoo

P53 " La vie des plantes – Une métaphysique des mélanges ", édition Payot & Rivage, Paris, 2016 / Emmanuele Coccia

Emmanuele Coccia se place donc en contradiction avec la majorité des philosophies, la plante est différente de notre intériorité. Entre les plantes et les animaux nous savons qu’il y a des différences très observables ; depuis la 1ère existence animale nous savons que la vie se passe à l’intérieur du corps, par exemple la digestion, la respiration. Comme l’explique bien Francis Hallé dans l’éloge à la plante lorsqu’il compare la morphologie des animaux et celle des végétaux : (P47) « Si la surface externe de l’animal reste modeste, il n’en va pas de même de sa surface interne celle de l’appareil digestif, au travers de laquelle l’énergie contenue dans les aliments entre réellement dans l’organisme. […] Les microvillosités surmontées de leurs touffes de filaments ont une curieuse allure végétale, comme si cette forme était la meilleure possible lorsqu’il s’agit d’augmenter la surface. L’analogie avec la plante va-t-elle plus loin ? » Alors que le végétal par la photosynthèse a besoin de multiplier sa surface par les feuilles. Le ratio entre surface et volume est totalement déséquilibré dans la plante, il représente 130 fois la surface de la terre. L’auteur aborde la plante comme différente de nous, mais en apprenant davantage sur nous-même grâce à elle. Au final penser les plantes, c’est tenter de se penser soi-même, soi-même dans le milieu qui nous entoure.
Emmanuele Coccia questionne plutôt les formes et la raison de la présence des fleurs cependant leur discours est complémentaire.
Dans l’épilogue, il critique l’enseignement sous forme de matières. Il propose de refonder la cosmologie à partir de la philosophie. Coccia critique de la spécialisation qui a des conséquences épistémologiques car « tout est dans tout » au lieu d’aborder chaque élément de façon diviser, pourquoi ne pas se réunir et étudier, observer l’écosystème. C’est un cycle nous ne pouvons pas changer nos pratique si nous ne refondons pas notre façon de penser et de vivre entièrement.

Cyanobactéries => Champignons => Plantes => Animaux => Humains

Conclusion :
 
Les questions environnementales posent des questions écologiques d’un point de vue technique et politique par exemple mais cela pose aussi des questions philosophiques. C’est ainsi que Coccia se positionne dans la philosophie. Cet ouvrage évoque le fait qu’il faut repenser le monde de fond en comble ou d’avoir une autre façon de penser le monde. Les plantes sont oubliées voir ignorés de nos vies, car certains philosophes pensent que lorsque l’on s’interroge en philosophie, il est question d’attester l’humain et non pas le végétal. Emmanuele Coccia se place donc en contradiction avec la majorité des philosophies, la plante est différente de notre intériorité. Ce qui est étonnant c’est que Coccia fait un peu comme Francis Hallé, un éloge des plantes mais ne se positionne pas trop avec les faits de l’actualité au niveau politique par exemple, même si indirectement on peut comprendre son positionnement. Contrairement aux récits de Pierre Rabhi et la charte de Patrick Nadeau qui nous amènent à ouvrir les yeux sur le devenir de l’homme s’il continue à gaspiller, à produire comme il le fait aujourd’hui avec des usines, que le seul point qui l’intéresse c’est ce que ça va lui rapporter.

Nous passons notre temps à oublier, oublier que nous vivons sur une planète limitée à laquelle nous appliquons un principe illimité, ce qui accélère le processus d’épuisement des ressources et d’accroissement des inégalités structurelles, source de mécontentement, frustrations et de conflits. L’observation de l’espace nous a permis de constater que nous étions consignés et confinés sur notre petite planète sans aucun autre recours ou autre alternative que d’y instaurer la convivialité et le partage si nous voulons survivre. Or ce que nous avons trouvé de mieux à faire, c’est le choix de l’antagonisme comme principe de vie.

C’est aborder la plante comme différente de nous, mais en apprenant davantage sur nous-même grâce à elle. Au final penser les plantes, c’est tenter de se penser soi-même, soi-même dans le milieu qui nous entoure sans aborder la politique.

* RABHI Pierre, La part du colibri : l’espèce humaine face à son devenir, paris, 2006 (P16)

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